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jeudi 2 avril 2020

Jour 17 d’une autre vie. A propos de la mort et des morts.


Annuellement en France entre 600 000 et 610 000 personnes meurent tous les ans, soit un taux de mortalité de 9 pour mille environ.
A ce jour, le Covid 19 aurait provoqué un peu plus de 4 000 décès en France.
Rappelons que la canicule de 2003 avait causé entre 15 000 et 20 000 décès supplémentaires. Le chiffre des décès imputables à l’actuelle pandémie en France dépasseront certainement ce chiffre, lorsque les études permettront de mesurer cette surmortalité avec plus d’exactitude.

Les décès dus à la canicule de 2003 étaient majoritairement des personnes âgées, et on a donc assisté en quelque sorte à une accélération des décès : la plupart de ces personnes seraient certainement décédées dans les mois suivants ; leur vie a été abrégée par la canicule.


Aujourd’hui, nous constatons également que les personnes âgées paient le plus lourd tribut à la surmortalité, mais pas seulement elles. Et les différences avec la situation de 2003 tiennent au fait que, d’une part, toute personne, quel que soit son âge, est potentiellement susceptible de décéder, et d’autre part, que des soins importants et lourds sont nécessaires pour maintenir en vie les malades les plus graves, en nombre important, avec un taux de mortalité élevé.


On peut espérer que le nombre de morts supplémentaire ne soit pas extraordinaire, au vu de la mortalité générale observée sur plusieurs années, et à ce titre la pandémie actuelle ne sera peut-être pas exceptionnelle.
Ce que l’on retiendra, par contre, c’est son caractère mondial, c’est la douleur endurée entre le début de la maladie et son issue fatale, ce sont les conditions dans lesquelles sont vécus ces décès par les proches, qui auront, pour beaucoup d’entre eux, énormément de mal à faire leur deuil.


La canicule de 2003 a entraîné une amélioration des conditions de vie dans les établissements pour personnes âgées, notamment avec l’installation de climatisations, l’amélioration des protocoles de soin, mais elle n’a pas eu beaucoup plus de conséquences notables.
Il est à espérer que l’épisode actuel entraînera des révisions plus importantes de nos façons de vivre, de consommer, de travailler.



mardi 24 mai 2011

Jouer pour lui.

Aujourd’hui, sur les courts de Roland-Garros s’est une joueuse de tennis de 28 ans déjà connue du public du tournoi, mais qui a été très différente des autres fois. Il s’agit de Virginie RAZZANO.
Elle a perdu son match, mais cela n’a d’ailleurs aucune importance.

Elle a joué aujourd’hui pour Stéphane VIDAL, son entraîneur et compagnon, qui est mort à 32 ans d’une tumeur au cerveau il y a quelques jours. Il lui a demandé de continuer à se battre, de se mesurer sur la terre battue de la porte d’Auteuil en sa mémoire, en souvenir des moments passés, dans le droit fil de la vie en commun qu’ils menaient tous deux.

L’ensemble des joueuses et personnels du tennis français entourent et aident Virginie, et sont ébahis par son courage et sa volonté ; qu’ils continuent à la soutenir ainsi.
Qu’ils veillent surtout à l’accompagner au sortir de la compétition. Car si Virginie réussit à surmonter son chagrin et sa douleur lorsqu’elle entrera sur le court, et que sa passion pour le tennis lui permettra de tenir, c’est après le match, dans le silence retrouvé de la solitude qu’elle aura le plus besoin d’une présence familiale ou amicale.

Dans l’immédiateté du décès, dans la ferveur de la compétition, Virginie pourra facilement penser à autre chose, mais l’aide apportée à « ceux qui restent » doit être continue et rester durable dans le temps, car la douleur devient souvent plus forte et l’absence bien plus pesante avec le temps qui passe.

Le couple que formaient Virginie et Stéphane s’est disloqué par ce décès, trop tôt et trop brutalement, et certainement que Virginie peut avoir l’impression d’avoir perdu une partie d’elle-même. Personne, dans l’immédiat, ne saura remplacer Stéphane, et ce n’est d’ailleurs pas souhaitable, car il faut qu’elle en fasse le deuil avant de rebondir et de revivre, mais il faut veiller à toujours l’entourer.

Que faire ? Parfois, tout simplement, il suffira d’être à ses côtés, d’être là.

Alors, public de Roland-Garros, tous les membres de la famille du tennis, soyez là pour Virginie, pour Virginie et Stéphane.

jeudi 5 mai 2011

Le traumatisme des familles des victimes du vol AF 447.

Le 1er juin 2009 le vol AF 447 reliant Rio de Janeiro à Paris s’est abîmé en mer, plongeant de nombreuses familles dans une détresse et un deuil impossibles.
Une cinquantaine de corps ont été repêchés.
Certaines familles ont récupéré les dépouilles mortelles de leurs défunts, d’autres non ; des discussions et polémiques quant aux causes de la catastrophe ont, comme toujours, eu lieu, et les parents des défunts, vaille que vaille, ont continué à vivre avec des hauts et des bas, au gré des annonces qui ravivaient ou au contraire étouffaient des lueurs d’espoir.

Aujourd’hui, près de deux ans après, un corps a été remonté à la surface dans le cadre des opérations de repêchage qui ont été entamées il y a quelques jours.
Autant ces opérations sont salutaires pour ce qui est des boîtes noires car il faut, à tout prix, pour la paix des familles mais aussi pour la sûreté aérienne future, connaître les causes de cet accident, autant la remontée des corps pose de multiples et très importantes questions.

Tout d’abord, dans quel état sont ces corps, et le fait de les faire passer d’une eau froide à près de 4 000 mètres de profondeur à une eau plus chaude en surface, puis à l’air libre, ne va-t-il pas les dégrader plus encore ? Si tel est le cas, il faut impérativement arrêter ces opérations et laisser reposer en paix ces défunts au fond de l’océan plutôt que de ramener des corps dans un état indicible.
En second lieu, si ces corps sont remontés et identifiés, qu’en faire si les familles ne souhaitent pas les récupérer, ce qui se produira immanquablement, car certaines, même sans leur défunt, ont fait leur deuil et se sont faites à l’idée que leur parent reposait au fond de la mer. Leur dire maintenant que le corps est repêché, et le leur confier sans leur désir serait causer un nouveau et inutile choc psychologique.
Il ne faut pas oublier, non plus, les conséquences de ces opérations sur le psychisme des personnes qui sont actuellement sur place à faire ce travail extrêmement pénible. Le repêchage des boites noires a été pour elles un succès, celui des corps immergés depuis deux ans risque d’être un cauchemar qui hantera leurs nuits pendant longtemps.

Pour avoir été au Mont Saint Odile suite au crash du vol 148 d’Air Inter en janvier 1992, qui avait fait 87 victimes, je sais le travail qu’ont accompli notamment les militaires qui ont identifié les restes mortels et je connais le désarroi des familles à qui l’on a remis des corps plusieurs semaines après la catastrophe, les travaux d’identification effectués à l’Institut Médico Légal de Strasbourg ayant pris ce temps, vu les moyens techniques disponibles à l’époque.

lundi 17 août 2009

Un peu d’humanité, Madame l’Ambassadrice !

Le 30 juin dernier, des passagers embarquaient en toute confiance dans un vol Air France à destination des Comores.
A l’occasion d’une escale au Yémen, l’Airbus d’Air France a été remplacé par un avion bien moins fiable de la compagnie Yemenia, qui s’est écrasé au large des Comores. 152 personnes sont disparues lors de cette tragédie.
Très peu de corps ont pu être repêchés, et le Tribunal de Grande Instance de Paris, comme c’est la règle dans les cas de ce genre, vient de prononcer un jugement déclaratif de décès pour la plupart des disparus de nationalité française, afin que la vie puisse continuer pour leurs familles.

Le site internet du Figaro écrit « Les familles de ces personnes en ont été informées par téléphone. Elles recevront les actes de décès de leur(s) proche(s) par la poste » selon les paroles de Madame Christine ROBICHON, l’ambassadrice française chargée des relations avec les familles des victimes.

N’aurait-il pas été possible que ces actes de décès soient remis en mains propres, si ce n’est par du personnel du Ministère de la Justice ou des Affaires Etrangères, au moins par des membres d’associations d’aide ou de soutien ?

Ces personne ont quitté leurs proches à leur domicile, sur le quai d’une gare ou dans le hall d’un aéroport. Puis elles ont appris que leur avion avait disparu, qu’elles ne reverraient certainement plus ces parents ou amis, et maintenant on leur envoie un papier froidement…..
Pensons à la maman qui ouvre l’enveloppe renfermant l’acte de décès de son enfant, aux enfants qui vont découvrir l’acte de décès de leurs parents…..

Trop souvent on fait appel à des « cellules de soutien psychologique » alors que parfois on se trouve dans des situations certes difficiles et a priori inhabituelles, mais que tout un chacun devrait pouvoir affronter seul ou avec l’aide de ses proches . Dans le cas présent, on réduit une vie, une mort brutale, à un acte de décès qui constate qu’une personne partie il y a un mois et demi ne reviendra plus jamais. Et dont on ne verra jamais la dépouille, ce qui ne facilitera pas le travail de deuil des proches.

Un peu d’humanité s’il vous plaît, Madame l’Ambassadrice.