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samedi 7 novembre 2020

Eloge de l'énergie vagabonde

Ce récit de Sylvain TESSON, géographe, écrivain, voyageur, explorateur....publié en 2006 relate son voyage à vélo au côté d'un pipeline, de l'Aral à la mer Caspienne, traversant notamment l'Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie...

Il nous livre ses impressions, mais aussi ses opinions sur la civilisation, l'énergie, les hommes.

En voici quelques citations.

 « Dans sa boulimie de production, la modernité crée des produits sans avenir. Le capitalisme c’est la réduction de l’intervalle entre le moment où l’on achète un objet et où on le remplace.» p. 13

« - La chaleur est horrible, dis-je.

- L’année dernière il ne faisait pas si chaud…

- C’est le réchauffement climatique ?

- Non, mais l’année dernière on avait un ventilateur qui marchait. » p. 43

« La masse de l’étoile est un réservoir d’énergie. Dès sa création, chaque corps stellaire contient en lui sa propre puissance. Il la transformera tout au long de sa vie en chaleur et lumière. Les hommes comme les étoiles reçoivent à leur naissance un gisement intérieur. Ils puiseront dedans et convertiront leurs ressources en actes, en paroles, en pensée, en œuvre d’art. Et comme les étoiles, certains hommes se révéleront plus brillants que d’autres. Et comme les étoiles, le souvenir de certains hommes nous parviendra bien après leur mort. En revanche, d’autres que l’on trouvait flamboyants seront déjà affreusement morts en dedans d’eux-mêmes. » p.44

A propos du pétrole : « ...cette pâte de vivant mise au service du vivant nous apporte la mort. Le brut pollue la terre, les hommes se tuent pour lui et les cormorans meurent sur les grèves engluées » p. 60

En buvant une vodka avec un kazakhe : «  Même le grand-père, pieux hadj à barbe blanche, lève son verre.

- A toi, Français !

-Mais Allah ? Dis-je.

- Il déteste l’alcool, il ferme les yeux quand on en boit.

Dans le laboratoire des steppes de l’Asie centrale, les Russes ont réussi à dissoudre l’Islam dans la vodka. » p. 72

« Les souvenirs ne servent à rien parce qu’on pense toujours que les choses s’améliorent en son absence et on a plus volontiers recours à l’espérance que confiance en l’expérience » p. 141

« L’Islam a institué un formidable système de prestation, mieux rodé que n’importe quelle entreprise d’exploitation capitalistique. Une moitié du genre humain a mis l’autre à son service. Les hommes ont institué une sorte d’esclavage, les services du sexe en plus. Que le dogme coranique vacille un jour sous les coups de bélier de la marche du temps est probable. Que les hommes abandonnent le privilège de disposer d’un prolétariat féminin corvéable à merci relève de l’utopie. » p . 185

« Dans les villages, les femmes voûtées se cachent sous la bure. Les fillettes aux seins bourgeonnants, elles, ont le droit d’aller sans voile….Le voile est l’étrange aveu d’une panique devant les manifestations de la beauté. Exige-t-on du paon qu’il se rogne les ailes ? » p. 185

«  Le dévelo



ppement durable est le baume appliqué sur leur mauvaise conscience par des Occidentaux désireux de continuer à jouir sans que ne retombe vraiment la fièvre du monde. Le terme cache le vœu d’ajuster mieux les rênes pour maintenir la course de l’humanité le plus longtemps possible. Pas la moindre intention d’en arrêter l’emballement. « Jouissons sans entrave » clamaient les slogans de Mai 68. Jouissons plus intelligemment pour jouir plus longtemps, répondent en écho les chantres de la durabilité. Le principe ne remet pas en cause la marche du monde, mais propose de légers aménagements de la fuite en avant, quelques infléchissements comme les touches prudentes d’un pinceau pointilliste. L’essentiel de serait pas de changer de cap, mais de ralentir le rythme pour permettre à l’orgie de se poursuivre durablement. » p. 192





lundi 11 novembre 2019

Eloge de la littérature de gare.


Les riches heures de la littérature de gare sont derrière nous. En effet, les voyages en train, bien que plus nombreux qu’il y a quelques décennies, sont bien plus courts. Il n’y a plus non plus autant de points de vente dans les gares, certaines se résumant maintenant à une salle d’attente et un guichet automatique. Quand il reste une boutique, elle propose par ailleurs tant de revues de toutes sortes que le livre est parfois relégué dans un coin.
Enfin, beaucoup de passagers sont munis d’une tablette, d’un ordinateur portable ou d’un smartphone qui les occupent durant le trajet.
Pourtant, rien ne vaut le contact physique avec un livre pour un amoureux de la lecture.
Je ne voudrais pas ici décourager le lecteur de littérature classique, d’essais, de biographies ou romans contemporains, ni les détourner vers ces livres de poche aux titres souvent aguicheurs et aux couvertures bariolées ou évocatrices.
Mais il faut sauver la littérature de gare !
A défaut de voyage en train, profitons des journées moroses de novembre pour lire, sous la couette ou au coin du feu, un de ces ouvrages qui, s’ils ne sont pas de grands livres, offrent tout de même un voyage hors du temps présent.
Ainsi, j’ai lu hier un titre de Pierre Martin PERREAUT, déjà ancien, édité par le Fleuve Noir et, s’il m’a fallu quelque temps pour y trouver de la satisfaction, je me suis régalé. Une intrigue policière originale, une écriture sans prétention, un vrai délassement. Entre deux livres plus « sérieux », pourquoi, de temps à autre, ne pas s’offrir un moment de détente avec cette littérature ? Si vous hésitez à en acheter, mettez le nez dans les nombreuses « boîtes à livres » qui, de plus en plus, mettent à disposition des livres posés là par des lecteurs, pour d’autres lecteurs.
Après avoir lu ce billet, chers internautes, délaissez votre écran un moment, et prenez entre vos mains un vrai livre. Vous ne le regretterez pas.

jeudi 17 novembre 2016

Le rêve ne doit pas aveugler…

11 août 2015



Matthieu JACQUET était parti travailler comme cuisinier au Malawi ; il a attrapé la malaria, puis a rechuté et a du être évacué vers un hôpital à La Réunion pour y être soigné, son pronostic vital étant engagé. Le Ministère des Affaires étrangères avait prévenu ses parents que ce transfert leur serait facturé à hauteur de 87 000 €uros, mais ils ont accepté ce rapatriement, tout en sachant qu’ils ne pourraient payer cette somme.
Au début de ce mois, les parents de Matthieu reçoivent un avis à payer du Trésor Public leur réclamant la somme de 87 596 €uros, à régler avant le 15 septembre.
Magali, la sœur de Matthieu, a ouvert une page facebook pour aider à payer cette dette :

Il faut encourager les jeunes à voyager, à découvrir le monde, mais il faut sans cesse les mettre en garde, sans briser leur rêve, leur dire que l’Afrique ou l’Asie, ce n’est pas le Luxembourg, que les villages reculées de contrées exotiques sont réellement loin de tout, contrairement au village le plus reculé de la Creuse ou du Cantal.
Que les mœurs, que les façons de vivre, que l’alimentation, que le climat, dans nombre de contrées, ne sont pas ceux que l’on connait, et qu’il faut prendre des précautions.
Que les services médicaux peuvent être parfois très rudimentaires et qu’un rapatriement coûte cher, très cher, mais qu’il existe des assurances pour couvrir ces frais. Qu’il est indispensable de connaître les coordonnées de notre ambassade ou de notre consulat le plus proche, de les aviser de sa présence.
Malgré l’essor de la civilisation, malgré le progrès des technologies que nous utilisons quotidiennement, un voyage hors du continent européen reste, en quelque sorte une expédition, et qu’il ne faut pas prendre cet aspect à la légère.